Hydrogène : Symbio s’effondre et Stellantis paie pour partir

Hydrogène : Symbio s'effondre et Stellantis paie pour partir

On nous l’avait vendu comme une pépite industrielle française. Symbio, le spécialiste des piles à hydrogène installé à Saint-Fons dans la banlieue lyonnaise, devait incarner la mobilité propre à la française. Trois géants au capital, Michelin, Forvia et Stellantis, une gigafactory flambant neuve inaugurée fin 2023, des promesses d’emplois par centaines. Deux ans plus tard, le rêve a viré au cauchemar social.

La direction prévoit de supprimer environ 355 postes sur les 530 que compte le site. Les deux tiers des effectifs sur le carreau, dans une usine que l’on présentait encore comme un fleuron de la filière hydrogène européenne. Difficile de faire plus brutal comme retournement.

Et le coupable est vite désigné par les salariés : Stellantis. Le groupe automobile a annoncé à l’été 2025 l’arrêt de sa gamme d’utilitaires à hydrogène. Or Stellantis n’était pas qu’un actionnaire, c’était aussi le principal client de Symbio. Quand le donneur d’ordres referme le robinet des commandes du jour au lendemain, l’usine se retrouve avec des chaînes de production calibrées pour une demande qui s’évapore. Les salariés parlent d’un sentiment d’abandon, et on les comprend.

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Stellantis ne s’en tire pas totalement à bon compte. Le constructeur a fini par accepter de verser près de 235 millions d’euros pour sortir du capital et compenser le retrait de ses commandes. Une somme conséquente, mais qui ne remplit pas un carnet de commandes et ne sauve pas les postes menacés. L’argent éponge le passif, il ne crée pas d’avenir.

Justement, l’avenir, le PDG Jean-Baptiste Lucas tente de le réinventer. Le plan consiste à pivoter vers la mobilité lourde, surtout aux États-Unis : des piles de 75 kW pour les camions, bus et autocars, avec une nouvelle génération de 150 kW en préparation. La logique se tient, les poids lourds longue distance restent un terrain crédible pour l’hydrogène, là où la batterie peine encore. Reste à transformer l’essai avant que l’usine ne se vide.

Ce qui se joue à Saint-Fons dépasse largement le sort d’une seule entreprise. C’est la question de la filière hydrogène française qui est posée. Sans débouché industriel solide et sans engagement durable des grands groupes, les belles annonces ne tiennent pas la distance. Les salariés, eux, attendent des réponses concrètes du gouvernement. Et ils ne sont pas du genre à se contenter de promesses.

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