Depuis ce mois de novembre, Renault applique à tous ses nouveaux projets français la façon de travailler qu'il a mise au point dans son centre d'ingénierie de Shanghai. L'objectif affiché est clair : concevoir une voiture en deux ans, contre quatre jusqu'ici. Pour le groupe, c'est presque une question de survie face aux constructeurs chinois, qui gardent selon lui une avance de coût de 25 à 30 % sur les véhicules électriques.

Le premier modèle à passer par cette nouvelle moulinette sera le successeur électrique du Rafale, attendu pour la fin 2028 et assemblé à Palencia, en Espagne. Son moteur aurait d'ailleurs été mis au point avec des fournisseurs chinois.

Ce que Renault a rapporté de Chine tient surtout à l'organisation. On parle de réunions allégées de 20 %, d'un nombre de modules par voiture qui tombe de 45 à moins de trente, et d'un développement nettement plus resserré. La Twingo électrique, première à essuyer les plâtres, a été bouclée en 21 mois. Et le groupe vise au passage une baisse de 40 % du coût d'entrée de gamme par rapport au modèle qu'il remplace.

Pour l'automobiliste français, la promesse est simple : des Renault moins chères, qui arrivent plus vite, avec davantage de technologie à bord. C'est exactement ce qui a permis à la R5 puis à la Twingo de repasser sous la barre des 20 000 euros, là où tout le monde promettait des citadines électriques à 25 000.

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Sauf que voilà, cette accélération a un prix côté emploi. Renault Group prévoit de supprimer 15 à 20 % de ses postes d'ingénierie dans le monde d'ici fin 2027, uniquement par départs volontaires selon le constructeur, qui exclut tout licenciement forcé. En France, 800 postes sont concernés sur 5 500 ingénieurs. De quoi crisper, forcément, dans un pays où l'ingénierie Renault reste un symbole.

Le groupe insiste quand même sur un point : il ne s'agit pas de délocaliser la recherche, mais de s'inspirer d'une méthode. Son directeur de la technologie, Philippe Brunet, l'a résumé à sa façon en jugeant que se contenter d'acheter des technologies chinoises pour ne pas trop investir serait "le choix de la facilité". Autrement dit, Renault veut copier la cadence, pas sous-traiter son cerveau.

Si le calcul tient, on roulera bientôt dans des Renault pensées à la vitesse chinoise. Drôle d'époque pour un constructeur qui vendait encore la 4L il n'y a pas si longtemps.

Crédit photo : Alexander Migl (CC BY-SA 4.0)