Moins de victimes de chauffards non assurés, mais des indemnisations qui explosent

Voilà un paradoxe qui mérite qu’on s’y attarde. En France, le nombre de victimes d’accidents causés par des conducteurs non assurés diminue. Et pourtant, les sommes versées pour les indemniser, elles, grimpent en flèche. Comment expliquer une telle contradiction ?
D’abord, les bonnes nouvelles. En 2023, on a recensé 7 687 victimes, blessées ou tuées, du fait de conducteurs roulant sans assurance. C’est une baisse de 9,7 % par rapport à 2022, et le niveau le plus bas depuis 2017. Seul bémol dans ce tableau, le nombre de morts a légèrement augmenté, passant de 157 à 160 décès. Mais globalement, la tendance est à l’amélioration.
Deux facteurs expliquent ce recul. D’une part, la sécurité routière progresse : entre 2019 et 2023, le nombre d’accidents de la circulation a baissé de 8,3 %. D’autre part, le Fichier des véhicules assurés, le fameux FVA, permet désormais des contrôles automatisés des plaques d’immatriculation. Concrètement, un véhicule non assuré est repéré beaucoup plus facilement qu’avant, ce qui dissuade une partie des contrevenants.
Sauf que voilà, malgré moins de victimes, la facture s’envole. Le fonds de garantie chargé d’indemniser ces accidents a versé 137 millions d’euros en 2023, soit une hausse de 28 % sur un an. Comment un nombre de victimes en baisse peut-il coûter plus cher ? La réponse tient en deux mots : gravité et indemnisations.
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D’abord, la proportion de blessés graves augmente parmi les victimes. Pas moins de 39 % d’entre elles conservent des séquelles permanentes, ce qui implique des prises en charge longues, parfois à vie, et donc bien plus coûteuses. Ensuite, les montants accordés par les tribunaux ont nettement progressé. La justice indemnise mieux les préjudices, ce qui fait grimper la note pour le fonds de garantie, même quand le nombre de dossiers diminue.
Autre point qui interpelle, le nombre de véhicules non assurés impliqués dans des accidents augmente, lui, de 5 % par an. Autrement dit, il y a moins de victimes au total, mais la part des sans-assurance dans les sinistres ne faiblit pas. Rouler sans assurance reste une pratique qui persiste, malgré les risques encourus.
Et ces risques sont loin d’être anodins. Conduire sans assurance expose à une amende pouvant atteindre 3 750 euros, ainsi qu’à une suspension de permis. Pire encore, le conducteur fautif doit ensuite rembourser le fonds de garantie qui a indemnisé ses victimes à sa place. Quand les séquelles sont lourdes, l’addition peut se chiffrer en millions d’euros, une dette qui peut suivre la personne pendant des décennies.
La leçon est simple. Économiser quelques centaines d’euros de prime annuelle peut se transformer en gouffre financier au premier accident sérieux. Face à des indemnisations qui ne cessent de grimper, rouler non assuré n’a jamais été un aussi mauvais calcul.
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