Hybrides rechargeables : les chiffres officiels d’émissions volent en éclats

Les hybrides rechargeables, ces fameux PHEV (pour plug-in hybrid electric vehicle, des voitures qui combinent un moteur thermique et une batterie qu’on recharge sur une prise), traînent une promesse séduisante : rouler à l’électrique au quotidien et garder l’essence pour les longs trajets. Sauf que dans la vraie vie, le bilan est nettement moins reluisant que sur la fiche technique.
Les données compilées par l’ONG Transport et Environnement, à partir des capteurs embarqués que l’Europe oblige désormais à installer, sont sans appel. Les hybrides rechargeables vendus en 2023 émettent en moyenne 139 grammes de CO2 par kilomètre dans des conditions réelles, contre seulement 28 grammes annoncés lors de l’homologation. Soit cinq fois plus que la valeur officielle.
L’explication tient en un chiffre. La norme d’homologation actuelle, le cycle WLTP, part du principe que ces voitures roulent plus de 80 % du temps en mode électrique. Dans les faits, la moyenne mesurée plafonne à 26 %. Beaucoup de conducteurs ne rechargent quasiment jamais leur batterie et trimballent surtout un moteur thermique alourdi par des kilos de batteries inutiles.
Bruxelles a fini par en tirer les conséquences. La Commission européenne va revoir ses fameux facteurs d’utilisation, c’est-à-dire la méthode de calcul qui détermine la part de roulage électrique retenue pour estimer les émissions. Une première correction est prévue en 2025, une seconde en 2027, pour coller davantage à la réalité observée sur la route.
Concrètement, les valeurs de CO2 homologuées des PHEV vont grimper, parfois fortement. Et comme ces chiffres servent à calculer la moyenne d’émissions de chaque constructeur, qui ne doit pas dépasser un certain seuil sous peine d’amendes salées, les marques vont devoir réagir. Soit en vendant moins d’hybrides rechargeables, soit en accélérant sur le 100 % électrique.
Pour amortir le choc, un mécanisme de lissage a été mis en place : les constructeurs peuvent calculer leur conformité sur la moyenne des émissions des années 2025 à 2027, plutôt que sur une seule année. Une bouffée d’air temporaire, strictement limitée à cette période, le temps d’adapter les gammes.
En France, l’enjeu est bien réel. Les PHEV représentaient environ 6 % du marché début 2026, un peu moins que la moyenne européenne de 8,6 %. Beaucoup d’acheteurs, notamment en entreprise, s’étaient tournés vers cette technologie pour profiter d’une fiscalité avantageuse et d’un affichage CO2 flatteur. Avec des chiffres revus à la hausse, une partie de ces avantages risque de fondre.
Le message de Bruxelles est désormais limpide : l’hybride rechargeable n’est pas la voiture propre qu’on a longtemps vendue. Pour celles et ceux qui ne branchent jamais leur véhicule, c’est même le pire des deux mondes, avec le surpoids de la batterie et la consommation d’un thermique. De quoi rebattre les cartes au moment de choisir sa prochaine voiture, et conforter un peu plus la bascule vers l’électrique pur.
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