Stellantis et le syndicat américain UAW : le bras de fer qui crispe Jeep et Chrysler

Stellantis et le syndicat américain UAW : le bras de fer qui crispe Jeep et Chrysler

Aux États-Unis, la branche nord-américaine de Stellantis traverse une période sociale particulièrement électrique. Le groupe, qui chapeaute les marques Dodge, Jeep et Chrysler outre-Atlantique, se retrouve face à un syndicat remonté comme rarement : l’UAW, l’United Auto Workers, qui représente les ouvriers de l’automobile américaine.

À sa tête, Shawn Fain, un leader syndical qui n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Ses revendications donnent le ton. Une hausse des salaires de 46 %, et surtout le passage à une semaine de 32 heures payée comme 40. Autrement dit, travailler moins en gagnant autant.

Du côté de la direction, incarnée par Mark Stewart, la réponse est sans appel. Ces demandes sont jugées totalement irréalistes. Le dialogue, vous l’aurez compris, est pour le moins tendu.

Pour comprendre la colère des syndicats, il faut regarder les comptes. En 2022, Stellantis a engrangé 23,3 milliards d’euros de bénéfices. Une somme colossale qui passe mal auprès de salariés à qui l’on demande, dans le même temps, des sacrifices.

Car la direction ne cache pas ses intentions. L’UAW accuse le groupe de vouloir rogner sur la couverture santé, les droits à la retraite et les congés. Et dans les cartons, il y aurait jusqu’à 35 000 suppressions de postes envisagées sur le sol américain.

Le syndicat, lui, a perdu de sa superbe au fil des décennies. Il y a trente ans, environ 30 % des salariés du secteur y étaient affiliés. Aujourd’hui, on tourne plutôt autour de 10 %. Une érosion qui pousse l’UAW à durcir le ton pour rester crédible.

Et le contexte joue en sa faveur. Ces derniers mois, d’autres mouvements ont fait plier les patrons. Les chauffeurs d’UPS ont décroché 30 milliards de dollars d’augmentations cumulées, les pilotes d’American Airlines ont obtenu 40 % de hausse. Autant d’exemples qui nourrissent les espoirs des ouvriers de Detroit.

La date à surveiller était le 14 septembre, échéance fixée pour un éventuel préavis de grève. De quoi paralyser une partie de la production américaine du groupe si aucun accord n’était trouvé.

L’affaire est même remontée jusqu’à la Maison-Blanche. L’administration Biden, soucieuse de ménager l’électorat ouvrier à l’approche de la présidentielle, a dépêché la vice-présidente Kamala Harris pour jouer les médiatrices.

Vu de France, ce bras de fer rappelle que Stellantis reste un groupe profondément transatlantique, né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler. Ce qui se joue à Detroit n’est pas qu’une affaire américaine. Les arbitrages financiers du groupe, ses marges et sa stratégie industrielle se décident à l’échelle mondiale.

Et quand une partie aussi rentable que le marché nord-américain se grippe, c’est tout l’équilibre du groupe franco-italo-américain qui peut vaciller. Les marques hexagonales comme Peugeot, Citroën ou DS partagent en effet la même maison mère.

Reste à voir si le climat social finira par se détendre, ou si Stellantis devra composer durablement avec un syndicat décidé à reprendre du poids.

Crédit photo : DR

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