Les pneus chinois taxés jusqu’à 45,3 % à l’entrée en Europe, et c’est votre prochain train de pneus qui va le sentir

Depuis le 8 juillet, chaque pneu de tourisme fabriqué en Chine et importé dans l’Union européenne se voit coller un droit de douane supplémentaire. La fourchette est large, de 4,3 % à 45,3 % selon le fabricant, et ce n’est plus provisoire : Bruxelles a bouclé son enquête antidumping ouverte au printemps 2025, les droits sont définitifs et courent sur cinq ans.
Le détail a son importance, parce que tout le monde ne paie pas la même addition. Hankook, qui a joué le jeu de l’enquête, s’en tire avec 4,3 %. La soixantaine de producteurs qui ont coopéré, parmi lesquels les usines chinoises de Continental, Goodyear, Pirelli, Kumho ou Sumitomo, écopent de 24,4 %. Et tous les autres, c’est-à-dire l’essentiel des marques low cost qu’on voit en promotion sur les sites de vente en ligne, prennent 45,3 %.
La catégorie visée porte le doux nom de TC4 dans le jargon de la Commission. Traduction : les pneus neufs pour voitures particulières et utilitaires légers, indice de charge inférieur ou égal à 121. Votre citadine, votre SUV, votre camionnette du week-end. Les pneus de poids lourds, eux, étaient déjà taxés depuis 2018.
Ce qui a déclenché la manoeuvre, ce sont les volumes. Entre 2021 et 2024, les importations chinoises sont passées de 57 à 93 millions de pneus par an, et la part de marché chinoise en Europe a grimpé de 18 à 28 %. Bruxelles accuse ces fabricants de vendre sous leur prix de revient, à perte. Les manufacturiers européens ont vu s’envoler plus de huit points de part de marché sur la même période.
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En France, le glissement se lit dans les chiffres du Syndicat du pneu : les pneus dits budget pesaient 9,6 % du marché en 2016, ils en représentaient 21,4 % en 2024. Il faut dire que l’écart est brutal. Un pneu premium se négocie autour de 133 euros, un low cost autour de 61 euros. Quand il faut en changer quatre d’un coup, le calcul est vite fait pour beaucoup de conducteurs.
Les stocks déjà entrés en Europe amortiront le choc quelques semaines, mais le Syndicat du pneu s’attend à un rééquilibrage des prix et de l’offre dans les mois qui viennent, au profit des gommes fabriquées ailleurs qu’en Chine. Et ce n’est peut-être pas fini : une seconde enquête, sur les aides publiques versées par Pékin à ses producteurs, doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année et pourrait empiler une nouvelle couche de droits.
Défendre des usines européennes qui se faisaient tailler des croupières, on peut l’entendre. Mais le premier à payer la note, c’est quand même l’automobiliste qui doit remonter un train de gommes avant les vacances.
Crédit photo : Illustration générée par IA
