Conduire en Ukraine devient quelque peu complexe

Conduire en Ukraine devient quelque peu complexe

Il y a des images qui résument une situation mieux que n’importe quel discours. Sur certaines routes d’Ukraine, des automobilistes slaloment littéralement entre des mines antichars disposées en travers de la chaussée. La scène, presque irréelle, montre à quel point la guerre a transformé le simple fait de prendre le volant en un exercice à haut risque.

Les vidéos qui circulent ont été tournées sur des axes situés au sud de Kiev, notamment du côté de Borodianka. On y voit des voitures rouler au pas, manœuvrant avec une prudence extrême pour passer entre des engins explosifs posés à même le bitume. Les conducteurs positionnent leur véhicule de façon à ce que la rangée de mines passe pile au milieu, entre les roues, sans jamais toucher quoi que ce soit. Une trajectoire millimétrée où la moindre erreur pourrait coûter cher.

Sur certaines images, on aperçoit même une personne à pied, qui semble guider les automobilistes pour les aider à franchir l’obstacle. Une scène qui en dit long sur le quotidien des civils pris dans le conflit, contraints de continuer à se déplacer malgré le danger permanent qui borde, ou plutôt qui occupe, les routes.

Reste une question technique qui revient souvent : une voiture peut-elle réellement déclencher ces mines ? Il s’agit ici de mines antichars, conçues pour exploser sous le poids considérable d’un blindé. Leur mécanisme de mise à feu réclame une pression forte sur un déclencheur situé sur le dessus de l’engin, le genre de pression qu’exerce la chenille d’un char. On peut donc se demander si le poids d’une simple automobile suffirait à les activer. Mais personne de sensé ne voudrait vérifier l’hypothèse en roulant dessus, et le risque, même réduit, reste bien réel.

Au-delà de l’aspect spectaculaire, ces images témoignent d’une dégradation continue des conditions de circulation. Les autorités locales appellent régulièrement à restreindre les déplacements des civils sur certains axes, à mesure que le minage à distance de portions d’autoroutes se généralise. De nouveaux engins sont régulièrement découverts, et des chauffeurs, notamment des routiers, ont déjà perdu la vie en circulant sur des tronçons piégés.

Pour un conducteur français habitué à se plaindre d’un nid-de-poule ou d’un radar mal placé, ce genre de reportage remet brutalement les pieds sur terre. Rouler en zone de conflit n’a rien à voir avec nos préoccupations habituelles de limitation de vitesse ou de prix du carburant. Là-bas, chaque trajet peut se transformer en parcours du combattant, au sens le plus littéral du terme.

Ces scènes rappellent aussi à quel point la mobilité, que l’on tient pour acquise dans nos pays, repose sur un état de paix et d’infrastructures fonctionnelles. Quand la guerre s’installe, la route cesse d’être un simple ruban d’asphalte pour devenir un terrain miné, dans tous les sens du terme. Et les automobilistes ukrainiens, eux, n’ont souvent pas d’autre choix que de continuer à avancer, mine après mine.

Crédit photo : DR

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