Appels de phare aux contrôles : ce préfet veut que ça cesse

Le petit clignement de phares pour prévenir un automobiliste qu’un contrôle l’attend deux kilomètres plus loin, on connaît tous. C’est presque un réflexe, une solidarité de la route transmise de génération en génération. Sauf qu’un préfet du Cantal, Philippe Loos, n’en peut plus de ce geste et l’a fait savoir sans détour sur les ondes de radio Totem.
Son message est clair : il faut arrêter de faire des appels de phare quand on croise un contrôle de gendarmerie. Pour lui, ce coup de pouce entre conducteurs n’a rien d’anodin. Il complique sérieusement le travail des forces de l’ordre, et surtout il peut profiter à des gens qu’on n’a vraiment pas envie d’aider. Selon le préfet, certains barrages servent à intercepter des délinquants qui viennent tout juste de commettre un délit, voire pire. Prévenir tout le monde, c’est aussi prévenir le fuyard.
L’argument n’est pas neuf. En 2015 déjà, la Gendarmerie nationale avait tenté de sensibiliser le grand public avec une vidéo expliquant qu’un simple appel de phare pouvait, dans certains cas, faciliter des crimes graves comme un enlèvement d’enfant. À l’époque, le message était passé à peu près inaperçu. Dix ans plus tard, le sujet revient, porté cette fois par un représentant de l’État qui ne mâche pas ses mots.
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Le problème, c’est que la loi ne tranche pas dans le sens du préfet. Rien n’interdit aujourd’hui de prévenir un autre conducteur d’un contrôle en faisant un appel de phare. Tant que vous n’éblouissez personne la nuit, le geste reste parfaitement légal. Aucun article du code de la route ne vient sanctionner cette habitude. Le préfet en appelle donc au civisme et au bon sens, pas à la verbalisation. C’est un coup de gueule, pas une nouvelle réglementation.
Et c’est tout le paradoxe de cette histoire. D’un côté, l’immense majorité des automobilistes prévient surtout pour éviter une amende ou une perte de points à un voisin de route, sans la moindre arrière-pensée criminelle. De l’autre, il suffit qu’une voiture en cavale profite de l’info pour que tout le dispositif tombe à l’eau. Difficile de faire le tri entre le bon Samaritain et le mauvais.
Reste à savoir si ce rappel changera quoi que ce soit aux habitudes. Quand un geste est ancré depuis des décennies et qu’il n’est même pas illégal, on voit mal des millions de conducteurs y renoncer du jour au lendemain. La sécurité routière mise depuis longtemps sur la responsabilisation plutôt que sur l’interdiction, et c’est exactement le registre choisi ici. À chacun de se demander, la prochaine fois qu’il croise un gyrophare, ce qu’il a vraiment envie de signaler, et à qui.
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