Dacia et les utilitaires, une histoire qui ne prend jamais

Dacia et les utilitaires, une histoire qui ne prend jamais

Dacia a réussi à peu près tout ce qu’elle a entrepris depuis quinze ans. La Sandero trône en tête des ventes aux particuliers en France, le Duster s’est imposé comme le SUV pas cher qui fait référence, le Jogger a trouvé son public familial et la Spring a rendu l’électrique accessible. La marque roumaine du groupe Renault a trouvé sa formule, celle du bon sens et du juste prix. Il y a pourtant un terrain sur lequel elle bute systématiquement : celui des véhicules utilitaires destinés aux artisans et aux professionnels.

Le constat est assez simple. Chaque fois que Dacia a tenté de séduire les pros, le résultat est resté en demi-teinte. On se souvient des Logan Van et Logan Pick-up, dérivés de la berline, qui n’ont jamais dépassé le stade du succès mesuré. Puis est arrivé le Dokker, conçu sur la base du Lodgy, décliné en version utilitaire pour les professionnels et en variante habitable. Sur le papier, l’idée tenait la route : un fourgon compact, robuste et surtout bon marché, exactement ce qui fait la réputation de la marque. Dans les faits, les ventes n’ont jamais décollé en France, et le Dokker a tiré sa révérence fin 2020.

Cet arrêt n’a rien d’un accident isolé. Il s’inscrit dans le plan Renaulution dévoilé début 2021, qui a redéfini les priorités du groupe et recentré Dacia sur ce qu’elle sait faire de mieux, à savoir des voitures particulières simples et abordables. Le segment de l’utilitaire, lui, est resté au bord de la route. Pour un artisan, le choix se joue souvent ailleurs : chez Renault avec le Kangoo et le Trafic, chez Citroën, Peugeot ou les marques allemandes qui se partagent un marché très concurrentiel et très exigeant en matière de réseau, de services et de valeur de revente.

C’est là que le bât blesse. Vendre une voiture particulière pas chère à un particulier, c’est une chose. Convaincre un professionnel qui calcule son coût d’usage au kilomètre près, qui a besoin d’un volume de chargement précis, d’un service après-vente réactif et d’une cote d’occasion solide, c’en est une autre. Le positionnement low cost qui fait merveille auprès du grand public devient un handicap dès qu’il s’agit de rassurer un acheteur professionnel.

La question reste donc ouverte. Dacia profite aujourd’hui d’une dynamique commerciale impressionnante et pourrait, en théorie, retenter sa chance sur l’utilitaire avec un grand fourgon. Mais l’historique invite à la prudence. Tant que la marque n’aura pas démontré qu’elle peut offrir aux pros le même rapport qualité-prix imbattable que celui dont profitent les particuliers, le marché des utilitaires risque de rester son angle mort. Une réussite presque totale, avec une case toujours pas cochée.

Crédit photo : DR

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