La Maserati Boomerang, cinquante ans et toujours venue d’une autre planète

Il y a des voitures qui marquent leur époque par leurs performances, et d’autres qui la marquent par leur audace. La Maserati Boomerang appartient sans conteste à la seconde catégorie. Présentée pour la première fois au Salon de Turin en 1971 sous forme de maquette, puis dévoilée en version roulante au Salon de Genève l’année suivante, elle a fêté ses cinquante ans en 2022. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas pris une ride.
Derrière cet ovni roulant se cache un nom devenu légendaire dans le monde du design automobile : Giorgetto Giugiaro, alors à la tête d’Italdesign. À l’époque, le crayon de Giugiaro impose une mode, celle des lignes en coin, ces silhouettes taillées à la serpe que les passionnés appellent les wedge cars. La Boomerang en est l’exemple le plus radical, avec son pare-brise incliné dans la continuité du capot et ses surfaces planes qui semblent dessinées à la règle plutôt qu’au compas.
Mais le clou du spectacle se trouve à l’intérieur. Giugiaro a eu l’idée folle de regrouper tous les instruments de bord à l’intérieur même du volant. Compteurs, cadrans, voyants : tout est rassemblé sur un boîtier circulaire fixe, autour duquel tourne la jante. Une trouvaille spectaculaire, totalement inexploitable au quotidien, mais qui résume parfaitement l’esprit de cet exercice de style poussé à l’extrême.
Sous la carrosserie, la Boomerang n’était pas qu’une coquille vide. Elle reposait sur la base mécanique de la Maserati Bora, avec un V8 de 4,7 litres développant environ 310 chevaux installé en position centrale arrière. De quoi en faire un concept-car parfaitement fonctionnel, capable de rouler, ce qui était loin d’être systématique pour ce genre d’objet destiné avant tout à faire rêver les visiteurs des salons.
L’influence de cette silhouette dépasse largement le cadre de Maserati. On retrouve son ADN dans plusieurs modèles de série qui ont marqué les années 70 et 80, de la Lotus Esprit à la fameuse DeLorean DMC-12, en passant par la Maserati Merak. La Boomerang a en quelque sorte servi de laboratoire d’idées, un manifeste roulant qui a infusé chez les designers de toute une génération.
Cinquante ans plus tard, elle continue de fasciner les collectionneurs et les amateurs de design. L’exemplaire unique a changé de mains à plusieurs reprises lors de ventes aux enchères, atteignant des sommes considérables, preuve que l’audace finit toujours par payer. À une époque où les voitures se ressemblent de plus en plus, repenser à la Boomerang fait un bien fou. C’est le rappel qu’un constructeur a un jour osé présenter une auto qui ressemblait davantage à un vaisseau de science-fiction qu’à un véhicule routier, et que le public a adoré ça.
Crédit photo : DR
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