Renault fait bosser un robot humanoïde sur sa chaîne de Douai, et il est français

Le robot humanoïde Calvin de Wandercraft manipulant un bac dans un environnement industriel

Ça se passe dans le Nord, à l’usine Renault de Douai, celle qui sort la R5 électrique et la Mégane E-Tech. Depuis février, un drôle de collègue s’y active sans râler ni prendre de pause déjeuner. Il s’appelle Calvin, il mesure 1,70 m, il est bardé de métal et de 22 moteurs, et surtout il marche sur deux jambes comme vous et moi.

Sa mission pour l’instant reste modeste. Calvin attrape des pneus, deux par deux, et les dépose sur un convoyeur qui file vers la ligne d’assemblage. Rien de glorieux, mais c’est précisément le genre de tâche répétitive et un peu casse-dos qu’on préfère éviter de confier à un humain toute la journée. Le robot tient 2 à 3 heures en autonomie, et il se trompe moins de deux fois sur mille opérations. Pour piloter tout ça, il s’appuie sur des caméras et une couche d’intelligence artificielle qui lui permet de s’adapter en temps réel à ce qui bouge autour de lui, plutôt que de répéter bêtement un geste programmé.

Le plus intéressant, c’est la nationalité de la bête. Calvin est signé Wandercraft, une deeptech parisienne qui s’était fait connaître avec des exosquelettes pour personnes paralysées. Renault a mis environ 75 millions de dollars sur la table en juin 2025 pour entrer au capital, et le constructeur ne compte visiblement pas s’arrêter à un prototype. L’objectif affiché, c’est dix robots opérationnels d’ici la fin 2026, puis 350 déployés dans les usines du groupe d’ici 2027.

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Derrière ce pari, il y a un vrai sujet de compétitivité. La France tourne aujourd’hui autour de 180 à 190 robots pour 10 000 salariés dans l’industrie, quand l’Allemagne et la Chine flirtent avec 400 à 450. Le retard est énorme, et Renault le sait. Son cofondateur chez Wandercraft, Jean-Louis Constanza, résume sa vision sans détour : un robot humanoïde finira par coûter le prix d’une voiture, et à ce tarif-là, il devient très rentable.

Reste la question qui fâche, forcément, celle de l’emploi. Renault jure que Calvin vient soulager les opérateurs sur les postes pénibles, pas les remplacer. On veut bien le croire pour dix machines. Le discours sera peut-être un peu plus compliqué à tenir quand ils seront plusieurs centaines à arpenter les allées. En attendant, voir un robot français fabriqué à Paris travailler dans une usine française pour un constructeur français, ça change un peu des annonces qui viennent toujours d’ailleurs.

Crédit photo : Wandercraft