Carburant à 2 euros : pourquoi l’État encaisse pendant que vous payez

Quand le litre de diesel franchit la barre des deux euros, c’est l’automobiliste qui grimace. Mais il y a un grand gagnant dans l’histoire, et ce n’est pas la station-service. C’est l’État.
Sur chaque litre vendu, le fisc récupère environ un euro dix sous forme de taxes diverses. Autrement dit, plus de la moitié de ce que vous lâchez à la pompe part directement dans les caisses publiques. Et le mécanisme a quelque chose de pervers : plus le pétrole flambe, plus l’État encaisse.
Pour comprendre, il faut regarder comment se construit le prix. Il y a d’abord la TICPE, la taxe sur les produits énergétiques, qui pèse environ soixante centimes par litre. Celle-là est fixe, peu importe le cours du baril. Puis vient la TVA à 20 %. Et là, le détail change tout : la TVA s’applique non seulement sur le carburant, mais aussi sur la TICPE elle-même. Une taxe sur la taxe, donc.
Conséquence directe, dès que le baril grimpe, les recettes de TVA grimpent proportionnellement. La détresse à la pompe se transforme mécaniquement en surplus budgétaire. Plus ça coûte cher pour vous, plus ça rapporte pour Bercy.
La flambée actuelle n’arrange rien. Les tensions géopolitiques autour de l’Iran ont fait s’envoler les cours du brut, avec un baril de Brent qui a récemment oscillé entre 70 et 100 dollars. Quelques sorties diplomatiques, notamment du côté de Donald Trump, ont calmé un peu les marchés de gros. Mais à la pompe, la baisse tarde toujours à se voir.
Tant qu’à surveiller chaque litre qui part en taxes, autant garder l’oeil sur la jauge :
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L’association 40 Millions d’Automobilistes, qui a lancé une opération de contestation, pointe aussi des hausses décidées bien avant cette crise. Depuis le début de l’année 2026, la contribution aux certificats d’économie d’énergie a par exemple grimpé de six centimes par litre. Une pression fiscale qui s’ajoute à la volatilité des marchés, et qui pèse sur tout le monde.
Côté gouvernement, on ne veut pas en entendre parler. La ministre de l’Énergie Maud Bregeon juge toute baisse de la fiscalité tout bonnement inconcevable. Il faut dire que le précédent fait peur : les remises carburant de 2022 avaient coûté huit milliards d’euros au budget. De quoi refroidir les ardeurs.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu préfère miser sur autre chose : un renforcement des contrôles en station, pour traquer les marges excessives des distributeurs. Une piste évoquée aussi, le recours aux réserves stratégiques nationales, mais rien de concret pour l’instant.
En attendant, c’est toujours le même qui paie. À chaque plein, l’automobiliste finance un peu l’équilibre budgétaire du pays, litre après litre. Et tant que les cours resteront hauts, l’État n’aura aucune raison pressante de lâcher du lest.
Vous trouvez ça normal, vous, cette taxe sur la taxe ?
