Quand des conducteurs de la RATP arrondissent leurs fins de mois en VTC

Quand des conducteurs de la RATP arrondissent leurs fins de mois en VTC

Voilà une affaire qui agace les chauffeurs de VTC, ces voitures de transport avec chauffeur que l’on réserve via une appli comme Uber ou Bolt. Le souci ne vient pas d’un concurrent classique, mais de la RATP elle-même, ou plus exactement de certains de ses conducteurs de bus et de métro.

Le principe est simple : rien n’interdit légalement à un salarié de la régie parisienne d’exercer une seconde activité pendant son temps libre. Plusieurs conducteurs profitent donc de leurs jours de repos pour enchaîner des courses en VTC et compléter leurs revenus. Sur le papier, c’est autorisé. En pratique, ça crée des tensions.

Le premier reproche est une histoire de concurrence jugée déloyale. Pour devenir chauffeur VTC, il faut normalement suivre une formation et passer un examen spécifique. Or les conducteurs de la RATP peuvent obtenir la carte professionnelle par équivalence, c’est-à-dire sans repasser tout le parcours, en faisant valoir leur expérience de conduite. Les VTC qui ont déboursé temps et argent pour leur formation voient forcément ça d’un mauvais œil.

Le second point, plus délicat, touche aux arrêts maladie. L’ancien patron de la RATP, Jean Castex, a reconnu lui-même que le cumul d’activités posait problème lorsqu’un conducteur en arrêt maladie pour son poste de bus se retrouvait en train de transporter des clients en VTC. Difficile en effet d’expliquer qu’on est trop fatigué ou souffrant pour conduire un bus, mais en pleine forme pour faire des courses le soir.

Du côté de la direction de la régie, on a cherché à relativiser l’ampleur du phénomène, en évoquant seulement une trentaine de cas. Les chauffeurs VTC, eux, estiment que la pratique existe depuis longtemps et qu’elle est plus répandue que ce que les chiffres officiels laissent entendre.

Pour comprendre l’enjeu, il faut se rappeler que le secteur du VTC est déjà sous pression. Les chauffeurs indépendants se plaignent régulièrement de revenus serrés, de commissions élevées prélevées par les plateformes et d’une concurrence féroce dans les grandes villes. Voir débarquer des agents d’un grand groupe public, avec un emploi stable d’un côté et une activité d’appoint de l’autre, passe forcément mal.

En France, et particulièrement en région parisienne où la densité de VTC est énorme, cette affaire illustre un flou plus large autour du cumul d’emplois. La loi tolère qu’un salarié exerce une autre activité tant qu’il respecte son obligation de loyauté envers son employeur et les limites légales de temps de travail. Mais entre la lettre du droit et la perception du terrain, l’écart est net.

Reste la question de fond : comment encadrer ces pratiques sans interdire à un salarié de travailler plus pour gagner plus. La RATP devra clarifier sa position, notamment sur le contrôle des arrêts maladie, pendant que les organisations de VTC réclament des règles plus strictes sur les équivalences de carte professionnelle. En attendant, le malaise reste entier sur les trottoirs parisiens.

Crédit photo : DR

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