En Russie, l’usine que Renault a abandonnée se tourne vers la Chine

Renault a quitté la Russie, mais ses anciennes chaînes de production, elles, n’ont pas vocation à rester silencieuses. Et c’est désormais vers la Chine que se tournent les nouveaux propriétaires.
Petit rappel du contexte. À la suite de l’invasion de l’Ukraine et des sanctions occidentales, le constructeur français avait pris une décision lourde : céder son usine moscovite à l’État russe pour un rouble symbolique, soit quelques centimes. L’officialisation date du 16 mai 2022.
Pour Renault, le coût a été tout sauf symbolique. La Russie représentait un marché majeur pour le groupe, qui y dégageait 247 millions d’euros de marge sur la seule année 2021. Tourner le dos à ce pays, c’était renoncer à une manne financière considérable.
Côté russe, l’usine récupérée n’allait pas rester à l’abandon. Moscou a décidé d’y faire renaître une vieille gloire de l’industrie locale : Moskvitch, marque historique disparue en 2006. Un nom qui parle aux nostalgiques de l’époque soviétique.
La production devait redémarrer dès décembre 2022, avec environ 600 véhicules dans un premier temps, dont quelque 200 modèles électriques. L’objectif affiché ensuite était ambitieux : grimper jusqu’à 50 000 unités par an en 2023.
Sauf qu’il y a un détail de taille. Construire des voitures, ça ne se fait pas en claquant des doigts, surtout sans le savoir-faire technique de Renault. L’usine est confiée au géant Kamaz, mieux connu pour ses camions que pour ses berlines de tourisme.
D’où la solution trouvée : faire appel à un partenaire chinois. Le groupe JAC, de son nom complet Jianghuai Automobile, a été sollicité pour fournir les plateformes techniques, c’est-à-dire la base sur laquelle se construit une voiture. Les premières Moskvitch seraient ainsi des modèles chinois rebadgés, berlines et SUV produits localement sous un nom russe.
Le symbole est frappant. Là où des voitures françaises sortaient des chaînes quelques mois plus tôt, ce sont des modèles d’inspiration chinoise qui prennent le relais. Un glissement qui résume bien la recomposition du marché automobile russe, désormais largement coupé des marques occidentales.
Et Renault n’est pas seul dans ce cas. Nissan, partenaire de longue date du constructeur français, quittait également le pays et pourrait conclure un arrangement comparable pour son usine de Saint-Pétersbourg. Le scénario du remplacement par des partenaires asiatiques avait toutes les chances de se répéter.
Pour la France et l’Europe, cet épisode illustre une réalité concrète des sanctions : en se retirant, les constructeurs occidentaux laissent un vide. Et ce vide, les industriels chinois sont visiblement prêts à le combler, accélérant leur implantation sur un marché que les Européens ont déserté. Une porte de sortie pour les uns, une porte d’entrée pour les autres.
Crédit photo : DR
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