La batterie sodium française de Tiamat restera fabriquée en Asie, faute de 200 millions d’euros

C’était censé être une belle histoire industrielle, une de plus dans la bataille des batteries. Tiamat, jeune société née à Amiens, devait bâtir à Boves, juste à côté, la première usine française de batteries sodium-ion. Un projet à 500 millions d’euros, soutenu par Stellantis, le chimiste Arkema et le groupe de défense MBDA. Sauf que voilà, le financement de la première phase, environ 200 millions, n’a jamais été bouclé. L’entreprise a confirmé cette semaine le report du chantier.
C’est le préfet de la Somme qui a lâché l’info en début de semaine devant le Medef local, avant que le PDG de Tiamat, Hervé Beuffe, ne le confirme le lendemain. Sur le papier, tout était prêt : une usine de 5 GWh sur 30 hectares, 400 emplois directs à la clé, et une première ligne qui devait tourner fin 2028. Mais malgré la présence de Stellantis, d’Arkema et de MBDA au capital, les investisseurs privés n’ont jamais suivi. Le montage était « trop complexe à boucler actuellement » pour une entreprise aussi jeune, reconnaît son patron.
Le sodium-ion, pour ceux qui ne suivent pas, c’est une chimie qui remplace le lithium par du sodium, un composant du sel banal, abondant et pas cher. Résultat : pas de lithium ni de cobalt, une recharge très rapide et un coût potentiellement plus bas. Le revers, c’est une densité énergétique plus faible que les batteries classiques, donc moins d’autonomie à volume égal. Pour la voiture, c’est encore un horizon lointain. Tiamat vise d’abord l’outillage électroportatif, le petit électroménager, le stockage d’énergie et les data centers, avec l’automobile en ligne de mire à plus long terme.
Le stockage d’énergie fait partie des débouchés visés par ces batteries sodium. En attendant, ce genre de station portable rend déjà bien service :
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Le problème, c’est que les géants chinois CATL et BYD produisent déjà cette technologie en masse, à des prix intenables pour un nouveau venu. Du coup, en attendant de réunir les 200 millions qui manquent, Tiamat va continuer à faire fabriquer ses cellules par des sous-traitants asiatiques. « Ce n’est pas de gaieté de cœur », admet Hervé Beuffe. L’entreprise devra même rembourser une partie des aides publiques déjà versées, environ 2,4 millions sur les 8 engagés par la région Hauts-de-France. Le terrain de Boves, lui, redevient libre.
On parle beaucoup de souveraineté industrielle et de batteries « made in France » pour nos futures voitures. Mais quand il faut signer les chèques, plus grand monde ne répond. Tiamat jure que le projet est reporté, pas enterré. On veut bien le croire. En attendant, la batterie sodium à la française sortira d’usines chinoises.
Crédit photo : Tiamat
