Nissan : Le virage pragmatique d’un géant en pleine convalescence financière

Le constructeur automobile Nissan traverse une zone de turbulences sans précédent, marquée par des prévisions de pertes nettes s’élevant à 3,6 milliards d’euros pour l’exercice fiscal 2025-2026. Cette situation, qui fait suite à un déficit encore plus lourd l’année précédente, impose à la firme japonaise une remise en question profonde de son modèle économique. Sous l’impulsion d’Ivan Espinosa, la marque a choisi de privilégier la survie financière immédiate à la course effrénée vers le tout-électrique, un pari audacieux qui s’aligne sur les réalités changeantes du marché mondial.
Cette nouvelle feuille de route se traduit par un report stratégique des investissements massifs initialement prévus pour les motorisations 100 % électriques. Nissan observe un ralentissement de l’adoption de l’électrique pur en Europe et aux États-Unis, souvent freiné par des infrastructures encore incomplètes ou des évolutions réglementaires plus souples que prévu. En réponse, le constructeur réoriente ses priorités à court terme vers les technologies hybrides et hybrides rechargeables, jugées plus rentables et plus en phase avec la demande actuelle des consommateurs.
Pour stopper l’hémorragie, Nissan ne se contente pas de modifier sa gamme de produits ; l’entreprise a entamé une cure d’austérité drastique. Un vaste plan de restructuration prévoit des économies de plus d’un milliard d’euros d’ici la fin de l’exercice en cours, passant par la suppression de 20 000 postes à travers le monde. Malgré ces coupes sombres, les signaux boursiers récents montrent une légère accalmie, les analystes saluant une perte d’exploitation finalement moins catastrophique que les prévisions alarmistes de l’automne dernier.
L’avenir de la marque en Europe reste toutefois lié à ses alliances stratégiques, notamment avec Renault. Nissan prévoit de maintenir sa présence sur le segment des petites citadines en développant une cousine technique de la future Twingo, tout en envisageant l’importation de modèles hybrides robustes issus de partenariats chinois, comme le pick-up Frontier Pro. En jouant la carte de la mutualisation des coûts et de la flexibilité énergétique, Nissan espère retrouver l’équilibre avant la fin de la décennie.
